Chat du 4 juillet 2017 avec Gérard Apfeldorfer

04/07/2017 (18:06) Choucathou Bonjour Dr Apfeldorfer. Depuis plus d'un an maintenant, je vis de grands stress successifs. Je grossis et fameusement. En plus, je prends des médocs qui font grossir. Comment me donner une chance de perdre du poids et d'arriver dans un zone de poids moins dangereuse pour ma santé ( IMC 41)? Je suis en train de régler mes freins à maigrir.Je ne pratique pas la pleine conscience et je sais que cela m'aiderait beaucoup.Je suis très sédentaire, tout exercice m'essouffle. Je ne peux être candidate à l a chirurgie bariatrique car je suis hyperphagique. De toute façon je maigrirais trop pour me plaire encore. Je ne me reconnaîtrais pas. C'est un SOS que je vous lance là. Quelles sont mes chances de maigrir ( ne fût ce que de 25 kg) et de "sauver ma peau"? je veux garder espoir.Que me conseillez-vous? merci de votre aide Docteur. Bonjour Choucathou, Si je comprends bien, vous êtes une mangeuse émotionnelle et sans doute aussi en restriction cognitive. Ce qui fait de vous une mangeuse compulsive. Ce sont ces deux points, les problèmes émotionnels et la restriction cognitive, sur lesquels il va vous falloir travailler pour parvenir à ce que votre poids s'abaisse. Il vous faut impérativement commencer par un travail sur vos émotions. Car il n'est pas possible d'écouter ses sensations alimentaires et de les respecter lorsque le niveau émotionnel est trop haut. Pour augmenter la tolérance aux émotions, nous proposons sur le site 2 sortes de choses: - Tout d'abord la pratique de la pleine conscience. Je vous rappelle qu'il ne s'agit pas là de "se détendre" (ça, c'est la relaxation) mais de se situer dans le moment présent, et d'observer ce qui s'y trouve. En l'occurence, le plus souvent, il s'y trouve des émotions, perceptibles par les sensations physiques qu'elles créent, et des cognitions, des pensées, qui sont souvent auto-critiques et qui entretiennent et majorent les émotions. On se raconte des histoires dans sa tête, et cela nous angoisse, nous déprime ou nous met en colère. Et ensuite, bien sûr, on mange pour mettre tout ça de côté. L'objectif, avec la pleine conscience, est d'accepter que des émotions puissent survenir, que des idées puissent passer au travers de notre esprit, sans chercher à lutter contre tout cela. Juste en être spectateur. Un vrai boulot! - Une forme de thérapie cognitive est complémentaire à cela. Il s'agit d'identifier ses pensées automatiques (c'est-à-dire des auto-commentaires souvent peu pertinents et qui nous entraînent dans le marasme), de les noter et les répertorier, puis d'apprendre à les identifier en temps réel. On sort ainsi de leur côté automatique et on prend du recul (on appelle ça "défusionner"). Voilà quelles sont les priorités. Cela nécessite un travail sur soi-même et les résultats n'apparaissent que de façon progressive. Certes vous partez avec certains handicaps: sédentarité (mais ça, vous pouvez y remédier avec notre programme), médicaments grossissants (à discuter avec votre médecin), mais rien d'irrémédiable. Relevez vos manches et mettez-vous au travail. Chaque (même petit) pas en avant vous motive à faire un second pas, puis un troisième. Nous sommes avec vous!
04/07/2017 (18:10) Bibiche16 Bonjour Je voudrais être sûre de bien identifier le rassasiement.Vous précisez que le rassasiement "C?est un état d?indifférence alimentaire. La nourriture ne vous intéresse plus" et bien souvent je fais le constat d'avoir trop mangé (un peu comme avant !!!). En revanche, quand je prends comme repère mon estomac à moitié plein : est-ce que ce n'est pas mieux !!! Est-ce la raison pour laquelle je ne perds pas de poids ???? Bonsoir bibiche, Ce qu'on appelle le rassasiement s'avère être une chose drôlement complexe. Il existe 2 types de rassasiements: - Le rassasiement gustatif (nom scientifique: rassasiement sensoriel spécifique ou RSS) qui est une saturation du goût pour un aliment donné. "Je n'ai plus de goût pour cet aliment, son goût ne me dit plus rien, et je sens que si je continuais à manger, j'irais en direction de l'écoeurement." Pour percevoir le RSS, il est nécessaire de déguster, c'est-à-dire de prêter une grande attention au goût. Et c'est peut-être bien là votre problème: vous ne dégustez pas suffisamment attentivement. De plus, le RSS est facilement perceptible sur les aliments très nourrissants (c'est pour ça qu'on vous fait déguster des aliments comme du chocolat, parce qu'on le perçoit plus nettement) et peu perceptible pour les aliments à faible densité calorique (pour lesquels le volume joue un rôle plus important). Nous privilégions ce type de rassasiement, car il est localisé dans la bouche et immédiatement perceptible, de bouchée en bouchée, si on déguste et si on mange des aliments nourrissants. Et c'est pour ces aliments-là qu'il est important de consommer les bonnes quantités. - Le rassasiement global: c'est la fin de la faim. On n'a plus envie de rien, on arrive à satiété. Ce type de rassasiement est essentiellement dû à un apprentissage. On apprend peu à peu à anticiper le moment du prochain repas et la quantité à manger pour y parvenir confortablement (cela correspond à ce qu'on nomme les appétits prévisionnels). Par exemple, le rassasiement global ne surviendra pas pour la même quantité de nourriture selon qu'on fait 10 prises alimentaires par jour (comme en Asie du Sud-est) ou 3 repas par jour. Nous ne privilégions donc pas trop ce type de rassasiement, qui dépend grandement des habitudes, des horaires des prises alimentaires. Cela ne fonctionne que lorsqu'on a une alimentation régulière. Dans le début du programme, où les personnes mangent souvent compulsivement, cela ne peut pas bien fonctionner. Comme vous constatez, je ne vous ai pas parlé du volume alimentaire. Certes, on peut se fier au volume de son bol alimentaire, mais seulement si on mange toujours le même type de nourriture, avec la même densité énergétique. Si vous vous nourrissez pour l'essentiel de céréales ou légumes secs, avec de petits trucs en plus apportant des protéines et des lipides (c'est-à-dire une alimentation à l'ancienne, peu variée, genre riz cantonnais, pâtes, pain avec un bout de viande ou de fromage, plats de patates), alors ça peut marcher. Si vous vous consommez parfois de barres chocolatées et parfois de salades, alors le volume ne vous donne aucune indication sur la valeur nourrissante de votre prise alimentaire. Donc, là encore, nous n'encourageons pas de se fier au volume, trop aléatoire pour des personnes à l'alimentation irrégulière. Voilà, vous savez tout. A vous de faire vos choix! Cela dépend de vos habitudes, de votre problématique. Qu'importe, du moment que ça marche.
04/07/2017 (18:00) G. Apfeldorfer Bonsoir tout le monde. Bienvenue dans ce chat ou plutôt cette foire aux questions. Posez celles que vous n'avez jamais osé demandé et je ferai mon possible pour vous répondre. Enfin, je ferai ce que je peux...
04/07/2017 (18:22) G. Apfeldorfer Des questions? Elles doivent venir avant les réponses, n'est-ce pas, et là, je suis en panne de questions...
04/07/2017 (18:31) Karamell Bonjour, avez vous des astuces pour respecter sa faim même lors des repas de fêtes ? En effet, j arrive à manger juste ce qu'il me faut lorsque je suis seul mais lorsque je mange en famille j ai tendance à trop manger. Bonsoir Karamell, Vous savez, moi aussi, il m'arrive de trop manger lors des repas de fête. Et d'ailleurs, qui ne fait pas de même? C'est même sans doute là la définition de la fête: l'excès. Mais cela n'a aucun caractère de gravité car nous ne sommes pas tenus de respecter à la lettre nos sensations alimentaires. Ce qu'il faut, c'est les respecter en général. Cette possibilité de manger plus que sa faim à certains moments, ou bien moins que sa faim à d'autres nous permet de nous adapter aux circonstances. Une fois qu'on a trop mangé, on n'a plus faim pour un bon moment, et même, on peut être dégoûté de manger. Il n'est alors pas si difficile d'attendre que la faim revienne pour manger à nouveau. Ou si on préfère, de manger très peu au(x) repas suivant(s) tant que l'appétit n'est pas là. Ce sont en fait les abus répétitifs qui posent problème, lorsqu'il ne sont pas séparés par des périodes où on attend que la faim revienne.
04/07/2017 (18:41) Karamell D'accord, je vous remercie. Mais c'est la même chose lorsque je mange au travail avec mes collègues, la encore j'ai tendance à manger un peu trop. Je n'arrive pas à jongler entre les discussions et l'attention que je porte sur mes sensations alimentaires. Oui, Karamell, vous avez raison: il est difficile pour bien des personnes de faire 2 choses à la fois, manger attentivement et participer à la conversation. Et c'est pourtant ce que nous sommes censés faire, puisqu'il est normale pour nous autres, animaux sociaux, de manger convivialement. Alors, il faut vous entraîner à ce qu'on appelle "l'attention partagée". Un coup, je m'occupe de ce qui se passe dans ma bouche, et un coup j'écoute (je ne parle pas, parce qu'on ne parle pas la bouche pleine, hein). Et on recommence. On a alors une activité principale (manger attentivement) et une activité plus secondaire (la conversation). Songez à ce qui se passe dans un restaurant gastronomique: on y va pour bien manger, déguster, mais on n'y va pas tout seul et on peut aussi le plaisir de la conversation. Alors, on fait alternativement attention aux deux.
04/07/2017 (18:46) teresa Bonsoir Docteur Apfeldorfer, j'ai l'impression d'avoir perdu le fil. Tout allait bien pour les 6 mois de programm. Cela fait déjà un bon moment. Il y a 2 choses que je n'ai jamais voulu faire : jeter de la nourriture et me satisfaire du peu qu'i me fallait pour n'avoir plus faim. - Maintenant, j'ai vraiment l'impression d'avoir perdu le fil sur toute la ligne : la dégustation, le rassassiement. La dégustation, par exemple : mes pensées sont ailleurs. Comment faire ? - Merci d'avance. Bonsoir teresa, je ne sais pas ce qui vous a fait perdre le fil, mais si actuellement, vous n'êtes pas aux prises avec de grosses difficultés de vie ou des bouleversements émotionnels, vous devriez pouvoir le rependre, ce fil. Le plus simple est sans doute de prendre des étapes que vous avez déjà faites, de les refaire à plus grande vitesse, de se réentraîner, comme un sportif qui aurait arrêté l'entraînement et qui s'y remet. Donc, refaire la dégustation, refaire la faim, refaire le rassasiement. Si cela ne vous paraît pas possible, si vos pensées restent "ailleurs", alors, où sont-elles, ces pensées? Qu'est-ce qui vous occupe? Ce serait de ce côté là qu'il faudrait chercher.
04/07/2017 (18:46) Karamell Merci, je vais essayer Super!
04/07/2017 (18:52) G. Apfeldorfer Une dernière question, pour la route?
04/07/2017 (18:58) teresa Merci de votre réponse. "Sportif" me plait - mais en dehors de la marche, la gym c'est rarement 15 ou 20 min. - j'ai putôt des observations sur moi que de formuler cela en question. à ré-essayer peut-être. Nous tenons souvent un dialogue intérieur qui peut se révéler fatiguant, démoralisant, angoissant. A l'origine, on trouve ce qu'on appelle des "pensées automatiques", qui donnent un tour problématique à ce dialogue intérieur. Sur le site, nous proposons des stratégies pour travailler sur les pensées automatiques qui nous entraînent dans des directions que nous constatons être des impasses. Ou plus simplement, ces PA nous distraient, nous empêchent de resté centré sur ce qui se passe dans le moment présent, par exemple manger attentivement.
04/07/2017 (18:59) G. Apfeldorfer Eh bien, je vous souhaite une bonne soirée, et un bon appétit. Et si pas d'appétit, je vous souhaite de ne pas trop manger!
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